lamenter


lamenter

lamenter [ lamɑ̃te ] v. <conjug. : 1>
• v. 1225; bas lat. lamentare, class. lamentari
1 V. intr. Vx Se lamenter. Spécialt Pousser son cri (se dit du crocodile, d'oiseaux). « la hulotte lamentait » (Chateaubriand).
2 V. tr. Vx Déplorer.
3 V. pron. Mod. SE LAMENTER : se répandre en lamentations. ⇒ se désoler, gémir, se plaindre, pleurer. Se lamenter sur son sort, d'avoir essuyé un échec. Par exagér. Elle se lamente sans cesse sur la cherté de la vie. pleurnicher.
⊗ CONTR. Réjouir (se).

lamenter (se)
v. Pron. Se plaindre, se désoler à grand bruit; gémir.

⇒LAMENTER, verbe
A. — Usuel, emploi pronom.
1. [Le suj. désigne une pers.] Se plaindre de façon souvent bruyante et prolongée, pour exprimer sa douleur, déplorer un malheur, un ennui.
a) Emploi abs. Je n'ai jamais eu une tristesse aussi réelle au fond du cœur. Mais je me suis trop lamenté en vous écrivant : cette mélancolie sur moi-même finirait par vous ennuyer (J.-J. AMPÈRE, Corresp., 1824, p. 307). Il semblait que sa douleur s'échappait plus violente encore qu'à l'ordinaire, et on l'entendait du dehors se lamenter avec une voix haute et monotone qui navrait le cœur (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p. 383) :
1. Comme l'homme sait mal souffrir! Un enfant qui se lamente sans décence. Si c'était moi qui me lamentais ainsi! Mais moi, en sept ans, pas un seul mouvement d'abandon n'a été toléré...
MONTHERL., Celles qu'on prend, 1950, III, 1, p. 817.
[En prop. incise] Dire en se lamentant. « Il nous quittera » se lamentaient les uns : « Non, certes, le voici resté » applaudirent les autres (MALLARMÉ, Dern. mode, 1874, p. 785).
[Avec méton. du suj.] On entendit une voix se lamenter, celle de Rachel pleurant ses enfants et ne voulant pas être consolée (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 454).
b) [Suivi d'un compl.]
Se lamenter sur + subst. Se lamenter sur son sort, sur soi-même. Ne nous lamentons sur rien; se plaindre de tout ce qui nous afflige ou nous irrite, c'est se plaindre de la constitution même de l'existence (FLAUB., Corresp., 1852, p. 16). Elle se voyait Bérénice et se lamentait sur les exigences de l'empire et sur la grandeur du renoncement (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 71).
Se lamenter de + subst. ou verbe à l'inf. Je me lamente de la perte de Madame de Montcalm (LAMART., Corresp., 1832, p. 273). Il se lamentait d'être exilé dans le plus triste lieu du monde où ses talents étaient enfouis (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1950, p. 125).
Rare. Se lamenter + prop. complétive introd. par que. Il se lamente que la police défende les hommes-affiches (GONCOURT, Journal, 1881, p. 129).
2. P. anal., littér. [Le suj. désigne un animal ou une chose] Émettre un cri, un son évoquant une lamentation. Quand le jour se meurt, la cloche se lamente (QUINET, Napoléon, 1836, p. 184). Et l'on entend aussi se lamenter l'autan (APOLL., Alcools, 1913, p. 96) :
2. De maigres chiens, épars, allongeant leurs museaux, Se lamentaient, poussant des hurlements lugubres.
LECONTE DE LISLE, Poèmes barb., 1878, p. 172.
B. — Gén. vieilli ou littér.
1. Emploi intrans.
a) [Le suj. désigne une pers.; correspond à A 1 a supra] Exprimer, proférer des lamentations. Vous avez beau pleurer et lamenter (Ac. 1798-1935). Depuis le commencement jusqu'à la fin de nos singuliers repas tête à tête, je n'arrêtais point de lamenter de la sorte (MILOSZ, Amour. initiation, 1910, p. 79).
Rem. Cet emploi est signalé comme peu usité dès Ac. 1835.
Au fig. Ce récit, qui lamente, qui rit en frémissant et qui griffe (FRAPIÉ, Maternelle, 1904, p. 8).
b) [Le suj. désigne un animal; correspond à A 2 supra] Le crocodile lamente (Ac. 1935). Le vent soufflait dans les arbres et la hulotte lamentait (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848, p. 143).
2. Emploi trans.
a) Déplorer, regretter vivement quelque chose en proférant des lamentations. Lamenter la mort de qqn. Je lamente les adversités de la race de saint Louis (CHATEAUBR., Mém., t. 4, 1848p. 11) :
3. Ils croient appeler l'avenir; ils ne font que lamenter le passé. Quand ils lamentent le passé, leurs désirs sont des souvenirs et des regrets, leurs anticipations des réminiscences.
BARRÈS, Cahiers, t. 14, 1922, p. 98.
[Suivi d'une prop. compl. introd. par que] Il lamente que l'enseignement du français en France n'enseigne pas le français parlé (BENDA, Fr. Byz., 1945, p. 216).
b) [Avec compl. d'obj. interne] Exprimer, réciter, chanter quelque chose sur le mode de la lamentation. Lamenter un chant funèbre. Et le grillon frileux, amant de l'étincelle, N'en voyant plus, hélas! Cesse de lamenter sa plainte accoutumée (MURGER, Nuits hiver, 1861, p. 96). La voix douce de Dignimont, qui lamente une petite complainte de soldat ou de matelot (COLETTE, Naiss. jour, 1928, p. 25).
Prononc. et Orth. : [], (il se) lamente []. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1225 intrans. (G. DE COINCI, éd. V.F. Koenig, II chast 10, 812); 2. fin XIVe s. trans. (E. DESCHAMPS, Balade ds Œuvres, éd. G. Raynaud, t. 7, p. 63, 19); 3. mil. XVe s. se lamenter (J. RÉGNIER, Fortunes et adversitez, éd. E. Droz, p. 55). Du b. lat. lamentare « pleurer; pleurer sur », du class. lamentari « gémir; se plaindre, se lamenter; déplorer ». L'a. fr. use plus souvent de formes issues de croisements : gaimenter (fin Xe s.), garmenter (ca 1150); v. DEAF, col. 50-51 et 283-84, encore vivants dans certains parlers, v. FEW t. 5, p. 139a et b. Fréq. abs. littér. : 485. Fréq. rel. littér. : XIXe : a) 346, b) 729; XXe s. : a) 1 257, b) 616.

lamenter [lamɑ̃te] v.
ÉTYM. V. 1225, intr.; bas lat. lamentare, lat. class. lamentari.
———
I V. intr. (Vx). Exprimer sa douleur, ses regrets par de longues plaintes bruyantes; se lamenter. || Cygne mourant qui lamente (→ Flanc, cit. 15).
1 D'un crêpe noir Hécube embéguinée
Lamente, pleure, et grimace toujours (…)
Racine, Poésies diverses, 2e appendice, VI.
Rare. Au sens de se lamenter, et employé en incise.
1.1 Vérane se heurta le front d'un coup de poing.
— Ma femme est morte, lamenta-t-il.
Francis Carco, Nostalgie de Paris, p. 254.
Spécialt. Pousser son cri (se dit du crocodile, d'oiseaux). || Le crocodile lamente.
2 (…) le vent soufflait dans les arbres, et la hulotte lamentait (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. V, p. 465.
———
II V. tr. (Fin XIVe). Vx ou littér. Déplorer vivement.
3 Le chantre désolé, lamentant son malheur (…)
Boileau, le Lutrin, IV.
4 Ils affectaient parfois de lamenter la fuite du temps : tous ceux qui ont le cœur plein se plaisent à amplifier ce thème (…)
G. Duhamel, Salavin, III, XV.
Spécialt. Dire, chanter, sur un ton de lamentation. || Lamenter une complainte (cit. 4).
5 Lamentant tristement une chanson bachique (…)
Boileau, Satires, III.
——————
se lamenter v. pron.
ÉTYM. (Mil. XVe).
Mod. Se répandre en lamentations. Désoler (se), gémir (cit. 3), plaindre (se), pleurer. || Malade qui se lamente (→ Foyer, cit. 1). || Se lamenter sur son sort, sur son bonheur perdu ( Regretter). || Rien ne sert de se lamenter sur les erreurs du passé. Déplorer. || Il se lamente d'être sans le sou. || Se lamenter d'avoir essuyé un échec.Par exagér. || Elle se lamente sans cesse sur la cherté de la vie. || Quand finirez-vous de vous lamenter ainsi à tout propos ? Pleurnicher.
6 (…) il y avait autrefois un grain de sable qui se lamentait d'être un atome ignoré dans les déserts (…)
Voltaire, Zadig, XVI.
7 Et elle se lamenta sur ce que tout le monde avait son malheur. Ainsi, elle et son homme, en enduraient-ils des misères, depuis qu'ils avaient eu le bon cœur de se dépouiller pour leurs enfants ! Dès lors, elle ne s'arrêta plus. C'était son éternel sujet de plaintes.
Zola, la Terre, III, II.
8 (…) une consommation de pétrole et de coke bien faite pour navrer le chef du matériel, le parcimonieux M. Bourdon, qui s'en lamentait en effet (…)
Courteline, Messieurs les ronds-de-cuir, 3e tableau, I.
9 La misérable (…) ne pouvait se consoler de n'avoir pas d'enfant (…) elle s'en lamentait en secret (…)
Léon Bloy, la Femme pauvre, II, XVII.
Par métaphore. || Vent qui se lamente dans les pins (→ Grincer, cit. 11).
10 L'âpre bise d'hiver, qui se lamente au seuil
Souffle dans le logis son haleine morose !
Rimbaud, Poésies, « Étrennes des orphelins », II.
11 Les grands vents d'équinoxe se lamentaient à travers les pins indéfiniment et sur les vagues fauves des fougères.
F. Mauriac, l'Enfant chargé de chaînes, XX.
CONTR. Réjouir (se).
DÉR. Lamentateur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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